Samedi soir dernier, j’ai fait l’expérience douloureuse de la méga prise de conscience, telle une déception immense ou une grosse claque. Genre gueule de bois puissance mille. Un peu comme se réveiller un matin et comprendre que de toute façon, il n’y a pas d’espoir, le monde est pourri et gangréné, notre génération foutue. No future, point barre.
Mais on va commencer par le positif parce que je garde de cette soirée – malgré tout – un bon souvenir. De par la variété de sa programmation artistique et les réflexions suscitées. Après avoir speedé pour m’extraire du festival Art-Rock et chopé le dernier train pour Rennes (et dieu sait qu’il passe tôt à st-Brieuc) pour rejoindre la MJC du Grand Cordel. En attendant que le soleil se couche et la soirée ne commence, on en a profité pour faire connaissance avec d’autres visages pas méconnus (à force) et mettre des visages sur des pseudos. Bref, il était tard mais faisait encore jour, rien de plus plaisant…
On entre tout doucement admirer les expos. Culture Touf : des photos du concours de poils pubiens. Peach alias Aurélie Cenno et ses images de barbies torturées par des sales gosses, vendues sous forme de…magnets ! Iza Iza et ses peintures au style très subjectif. Nathalie Mondot, photographe déjà aperçue à la dernière soirée, shootera à cœur joie ce soir. Enfin, Maboo qui fresquera en live pendant les concerts une grande toile spéciale “chattes hurlantes”.
Et ça démarre fort, avec le groupe auteur du Flash Porn Act : Strap-on dildoS, des lesbiennes féministes pro-sexes et lilloises, auteures d’un show VJ mixé et performé, une vraie bulle d’oxygène dans son approche ludique et décomplexée de la sexualité et des genres. Enfin, c’est ce que je croyais, mais l’accueil d’une majorité du public (non mixte, pour rappel) a été plus que froid ; j’y reviendrai plus bas.
Ensuite arrivent les Big Boss Ladies, un groupe de rock nancéen qui dépote. À elles 2 (pardon, 3 avec la Rolande), elles assurent grave malgré une baffle corriacement muette. Puis, la fille de Brooklyn aka Ill Ease, une guitariste-bassiste-batteuse-chanteuse incroyable et dopée à je-ne-sais-quoi. Jamais vu ça auparavant. Elle joue présentement son nouvel album et invite une fille du public à danser sur scène, une autre à la batterie et in fine la batteuse de Big Boss Ladies. Un set qu’on aurait voulu sans fin ! Très tardivement, les Human Toys (déjà aperçues lors d’une Clitorise) se produisent, des filles complètement électro-psychédéliques avec des séquences projetées hypnotisantes à souhait. Enfin, la nuit se termine sur un mix funky/jungle de DJ Mac l’Arnaque et ses enchaînements hyperrapides…
* Beaucoup de bruit pour rien ?
Pendant le show de Strap-on dildoS, des meufs se sont mises à gueuler (à la vue des godes et des images filmées des pratiques “hétéros” des drag-kings) à plusieurs reprises : “coupez les bites, on est des lesbiennes !” Sans parler du reste de la salle quasi tétanisée et une atmosphère à couper au couteau, vraiment irrespirable.
Alors, je voulais dire d’abord merde : quand tu vas à une expo qui t’ennuie profondément (mmm, j’aime ce mot), tu te mets pas à insulter les tableaux, installations, sculptures, dessins, que sais-je NI l’artiste… Alors ? là, c’est le même principe : si tu te fais chier, tu prends sur toi et tu te casses. Ça s’appelle le respect, subtile, hein ? Eh oui, et puis si t’es restée que 20 minutes à la projection, tu commences pas à tailler en pièces ce que t’as pas vu, ok ?
Sinon, tu connais le second degré, tu sais qu’on n’est nullement obligé de tout prendre au sérieux dans la vie et qu’une œuvre comporte plusieurs niveaux de lecture et sert souvent à questionner. Enfin, à la rigueur, plutôt que de beugler pendant le travail des artistes, tu as au minimum le courage d’aller débattre et polémiquer avec elles après le spectacle (sauf si c’est pour leur sortir, exhibant son aisselle devant le nez : “les dildos c’est pas subversif, les poils siiii !”) Nan, même pas, lâche jusqu’au bout ?
Pour revenir au fond du problème, si j’ai bien compris, toi, tu t’estimes lesbienne parce que tu t’identifies de manière [quelque peu réductrice] à un clito ou un vagin et que tu détestes la pénétration/les bites/la fellation/les poils (beurk, beurk et re-beurk) ??? Mais, au fait, à la base, t’aimes un tout petit peu les individus de sexe féminin ou tu te contentes juste de ça, faute de mieux ? Eh nan, je n’essaye pas de me dédouaner de mon terrible passé de tôlarde d’hétéro, juste de comprendre ce qui te définit.
Désolé mais si c’est ça, du statut étiqueté de lesbienne je préfère démissionner plutôt que de mourir stupide et frustrée. Parce que, vois-tu, j’aime le sexe (même pas peur de le revendiquer) et l’idée de me faire pénétrer/sucer/goder/enculer m’est particulièrement plaisante. Pire, je trouverais même ça foutrement excitant de le faire à quelqu’une. Mon intimité ne te concerne pas et qu’on ait des pratiques différentes au pieu n’est pas un drame en soi. Par contre, que tu me considères comme un monstre pervers ou une traînée me dérange profondément, encore plus quand tu m’insultes indirectement. Ah bon, se travestir en mec et être harnachée d’un gode ceinture, c’est se compromettre en tant que fille ??? Oups, quelle trahison !
Ô vous les intégristes de la secte du Dogme Lesbien, relisez bien ça ou expliquez-moi comment vous vous êtes retrouvéES à cette soirée, si ce n’est par hasard. Parce que l’hypocrisie et jouer les vierges puritaines effarouchées à la vue d’un dildo ou d’un pistolet à eau, ça va un temps. Mais à un moment, va p’têt’ falloir assumer ses pratiques, nan (6 lesbos sur 10 se godent) ? Et également vos contradictions ? parce qu’être butch et refouler l’idée-même de masculinité, c’est quand même un grand paradoxe en soi. Eh oui, désolé mais Mattel ne commercialise pas encore ce modèle de barbies… Tsss, des fois, j’ai l’impression qu’il faut réécrire l’Histoire à chaque génération (et refaire les mêmes erreurs) tant nous méprisons le passé et sommes souvent plus réacs et rétros que nos mères et grandes sœurs…
Hey, Emilie Jouvet et toute sa bande, Wendy Delorme (d’ailleurs, à la Babydoll de vendredi qui vient…), Louise de Ville, Sexy Sushi, les organisatrices des Ladyfest, Maria Beatty, Marie-Hélène Bourcier, Judith Butler et tant d’autres (en vrac et à des degrés divers de militantisme), venez éduquer et conter les délices de la culture Queer (et sa richesse) à certaines lesbiennes de province ! Je m’explique : par là, je veux dire que le fait à Paris de côtoyer nos-zamis-les-gays-du-Marais me donne la très nette impression que cela nous rend 1000 fois moins misandres que les filles qui vivent dans une grotte un cercle hermétique et fermé (j’y vais pt’êt un peu fort mais j’ai toujours pensé que c’est peine perdue de chercher à être tolérant avec les gens connement intolérants).
Là, je fais allusion à la réaction des meufs à la vue d’un mec qui voulait entrer demander la programmation de la MJC, au petit matin. Certaines sur le ton de l’humour, d’autres non, l’ont insulté et lui ont gueulé dessus comme si toute son espèce [de mâles] était coupable de la misérable condition actuelle des femmes. Merde, vous faites ça à tous les types que vous croisez dans la rue, vous êtes persécutées à ce point à Rennes (ou ailleurs) ou c’est “à chaque fois” la première fois que vous croisez un individu munie d’une bite ???
Bref… Ou alors, c’est par exemple les programmations barbieturixiennes and Co, très ouvertes (et avant-gardistes, il faut croire), qui ont tôt fait de nous convaincre (si ce n’était déjà le cas) que la sexualité était aussi une immense aire de jeu fluctuante et que les codes [hétéros] étaient faits pour être détournés, et ce, même devant un public très mixte. Attention, je ne tente pas d’imposer vainement MON point de vue ; je me demande juste…pourquoi tant de haine gratuite avec des gens un tant soit peu différentEs ? Eh oui, on peut se dire féministe en trouvant qu’effectivement notre société est “phallocentrée”, en soutenant à la fois des actions comme celles de la Barbe et en admirant le travail de pornographes, c’est possible !!
Ah oui, pardon, après le show, j’ai préféré aller discuter avec les performeuses pour comprendre leur démarche et en savoir plus sur la réception du public dans d’autres lieux, plutôt que de m’embrouiller avec des meufs un peu trop imbibées (mais pas assez pour crier “coupez les lesbiennes, on est des bites“, dommage). Pour conclure sur cette affaire, j’ai la grosse impression qu’il y avait 2-3 grandes gueules et du coup, le reste de la troupe craignait d’afficher son ressenti, d’où l’accueil hyper- glacial… Mais la bonne nouvelle, c’est qu’un gode a réussi à être subtilisé à cette soirée : franchement, que peut-on en conclure ??
- revisionner la prog de samedi soir
- apparemment, j’suis pas la seule à être sur le cul et grave déçue par mes consœurs (cf surtout les coms)
- le compte-rendu de Maboo (humour ravageur, be careful !)
- le site de Strap on dildoS
- le mot de la fin by le Collectif
- un document intitulé “féministes et pornographie” filé par ma collègue en DU de sexologie





















Publié par yXeLLe 

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