
De Sagan, je ne connaissais rien, hormis son anti-conformisme très médiatique et le titre du roman qui a fait basculer sa vie.
Le film, visionné au début de l’été dans une petite salle un grand complexe brestoise m’est apparu comme une révélation : Sylvie Testud y est plus qu’époustouflante tant son interprétation incarnation du personnage est réaliste, voire mimétique. Tout : la voix, la gestuelle, les attitudes, le flemme, la regard, la mélancolie…
“Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse.” Françoise a tout juste 18 ans quand elle écrit les premières lignes de Bonjour Tristesse, un roman dont le succès fulgurant suffira à lancer le mythe de ” La Sagan “.
Un mythe fait de formules brillantes, d’amours affranchies et de scandales tapageurs, derrière lesquels se cache une femme, que l’on qualifie d’anticonformiste pour ne pas la dire libre. Libre d’écrire, d’aimer, et de se détruire…
Depuis Diabolo menthe, Diane Kurys n’avait pas convaincu (Coup de foudre, Les enfants du siècle). Avec Sagan, elle réalise non seulement son meilleur film à ce jour, mais une merveilleuse évocation de l’écrivain, sous les traits de Sylvie Testud qui s’y révèle meilleure actrice de sa génération ; meilleure actrice tout court.
Sujet risqué qu’un biopic sur Françoise Sagan, romancière sulfureuse tant dans son premier roman qui fit scandale – Bonjour tristesse – que ses frasques. Elles ont jalonné la France des années 50 à 2000 avec un retentissement international, la romancière et la femme se confondent, non dans des références biographiques dans ses écrits, mais l’impression qui ressort des uns et de l’autre.
Pour cela, Françoise Sagan est devenue une des rares romancières au statut de star. Tout le contraire du « charme discret de la bourgeoisie » qu’on lui a tant reproché. Cela serait plutôt le charme excessif de la bourgeoisie. Le charme perdure, du film, comme de la femme. Kurys glisse des années 50 à 2000 en enivrant, d’époque en époque, avec rythme, et des reconstitutions évocatrices. Tout son personnage.
Le dénominateur commun est l’amour. L’amour d’une cinéaste pour son sujet et l’amour de son héroïne pour ses proches. Paradoxalement, la vie dissolue que l’on prête à Sagan est contrebalancée par sa responsabilité envers ceux qu’elle aimait. La plus belle preuve d’amour. Cette reconstitution, non seulement de plusieurs époques, mais aussi d’un personnage réel, est rendue possible en majeure partie grâce à Sylvie Testud qui trouve ici, enfin, son premier grand rôle. Non seulement grâce à celle qu’elle incarne, mais dans un jeu qui transcende tout ce que l’on a pu voir dans ce registre.
On pense tout de suite au phrasé de Sagan, quelque peu récitant. Très prégnant dans le film, il traduit la femme, explicitement déduit de sa classe – la bourgeoisie parisienne – qui imprègne ses parents, son frère, sa sœur, donc elle-même. Un ton qui va évoluer, le parlé changeant avec le temps. Testud le transforme au fil des ans, tout en en gardant la sève. Il y a aussi cette persistance du « vous », jusqu’à ce que la dernière compagne de la romancière la tutoie, alors qu’elle ne peut se séparer de son vouvoiement. Les maquilleurs ont réalisé un travail remarquable pour faire vieillir leurs personnages, avec un réalisme inédit, d’autant que les gros plans abondent. On s’en demande si les images de synthèse ne sont pas intervenues à un moment ou un autre.
Les seconds rôles participent, même si Palmade en Jacques Chazot n’est pas tout à fait convaincant, ou Arielle Domsbale en Astride, la dernière compagne de Sagan. Mais Jeanne Balibar (Peggy) et Lionel Abelanski (Bernard Franck) les rachètent à beau prix.
Sagan est à la hauteur du mythe et promis à un très beau succès. Dès la première scène, le charme opère, le courant passe. L’on est happé par ce regard derrière lequel transparaît un passé, un passif, romanesque, auquel l’on s’offre sans détour. Le film habite longtemps après la fin et avec elle Sagan : bonjour mélancolie. (source : France2)
